IS ICPE Scan Essayer gratuitement

D9 et D9A sur un site de déchets, dimensionner l'eau incendie et la rétention des eaux d'extinction

Combien d'eau faut-il pour éteindre un hall de tri qui brûle, et où va cette eau une fois qu'elle a traversé les balles de plastique. Ces deux questions se règlent avec deux notes de calcul que tout bureau d'études du secteur produit à longueur d'année, le D9 et le D9A. Elles n'ont pas de valeur réglementaire propre, elles décident pourtant du budget, de l'emprise foncière et parfois du calendrier entier d'un projet de site de déchets.

Guide technique · ICPE Scan

Pourquoi ce sujet revient à chaque incendie

L'été 2026 a de nouveau montré ce que coûte un feu de déchets. À Nevers, l'incendie d'un centre de tri le 22 juillet a envoyé un panache visible à plusieurs dizaines de kilomètres, avec évacuation du site et intervention de longue durée, comme l'a rapporté la presse régionale. Un mois plus tôt, à Ludres en Meurthe-et-Moselle, près de cinquante pompiers venus de sept casernes se sont relayés sur une cellule de déchets d'ameublement, avec vingt-cinq engins engagés selon les comptes rendus locaux. En mai, un centre de tri du Tarn-et-Garonne avait déjà mobilisé les secours une bonne partie de la journée.

Derrière ces chiffres d'engins et d'hommes, il y a une réalité hydraulique simple. Un feu de balles de papier ou de mousse de polyuréthane ne s'éteint pas avec deux lances pendant vingt minutes. Il faut un débit soutenu pendant des heures, donc une ressource en eau disponible sur place, et il faut ensuite gérer des centaines de mètres cubes d'eau noire chargée de suies, de métaux et parfois d'hydrocarbures. Le D9 répond à la première question, le D9A à la seconde. Notre article sur les incendies de sites de déchets replace ces événements dans la tendance de fond.

Ce que sont vraiment le D9 et le D9A

Il faut lever une confusion fréquente. Ces deux documents ne sont pas des arrêtés. Ce sont des documents techniques élaborés conjointement par les assureurs, le CNPP et la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, qui proposent une méthode de calcul partagée. Le D9 porte sur le dimensionnement des besoins en eau pour la lutte contre l'incendie. Le D9A, publié dans le même corpus, porte sur le volume des eaux d'extinction à retenir sur le site.

Ce que la réglementation exige, elle, c'est le résultat. Les arrêtés ministériels applicables aux installations de déchets demandent des moyens de lutte contre l'incendie appropriés et le confinement des eaux susceptibles d'être polluées, sans imposer nommément une méthode. Comme personne n'a envie de réinventer un calcul à chaque dossier, l'inspection des installations classées, les services d'incendie et de secours et les bureaux d'études se sont accordés de fait sur ces deux références. Un dossier qui les utilise avance vite. Un dossier qui s'en écarte doit justifier sa méthode, ce qui rallonge l'instruction. La base AIDA permet de retrouver, rubrique par rubrique, la formulation exacte des prescriptions applicables.

La logique du calcul du besoin en eau

Le raisonnement du D9 est additif puis multiplicatif. On commence par délimiter la surface de référence du risque, ce qui est déjà un exercice de jugement sur un site de déchets où les stockages bougent et où les cellules ne sont pas toujours clairement recoupées. On applique ensuite des coefficients qui montent ou descendent le besoin selon la hauteur de stockage, le comportement au feu de la construction, la nature de l'activité et l'existence de moyens d'intervention comme un service de sécurité interne ou une détection avec report d'alarme. Le résultat brut est enfin modulé selon la catégorie de risque retenue.

On obtient un débit exprimé en mètres cubes par heure, avec un plancher, et une durée de référence de deux heures dans le cas général. Ce débit doit être réellement disponible, ce qui est le moment où les projets se heurtent au réel. Un réseau public d'eau potable en zone artisanale n'est pas dimensionné pour soutenir plusieurs centaines de mètres cubes par heure pendant deux heures. Il faut alors créer une réserve propre, bâche souple, citerne enterrée ou bassin, avec les aires de stationnement et les points d'aspiration qui vont avec. Le débit calculé se transforme en emprise foncière et en ligne budgétaire.

Du débit d'extinction au volume à confiner D9, le besoin en eau Surface de référence du risque Coefficients de hauteur, construction, activité Moyens d'intervention et de détection présents Résultat, un débit en m³/h sur une durée D9A, le volume à retenir Eau d'extinction issue du D9 sur la durée retenue Apport des moyens fixes, sprinklage, rideaux d'eau Liquides présents et hypothèse de précipitations Résultat, un volume en m³ à confiner Ressource en eau poteaux, réserve, bassin, aires de stationnement et points d'aspiration Ouvrage de confinement bassin étanche, aire dédiée, obturateur et consignes de manœuvre testées Validation du dossier avis du service d'incendie et de secours, examen par l'inspection des ICPE Chaque coefficient gagné en amont, recoupement, détection, extinction, allège l'ouvrage à construire en aval
Le chaînage classique d'un dossier de déchets, du calcul de débit au volume de rétention puis aux ouvrages à réaliser.

Le D9A, la partie que les exploitants sous-estiment

Le D9A additionne plusieurs contributions. L'eau d'extinction calculée par le D9 appliquée à la durée retenue, l'apport des moyens fixes lorsqu'il en existe, sprinklage, rideaux d'eau ou canons, le volume des liquides présents sur la zone et une hypothèse de précipitations pour ne pas saturer l'ouvrage un jour d'orage. La somme donne le volume à confiner, et ce volume se matérialise physiquement. Un bassin étanche, une aire de rétention avec vanne d'obturation, une rétention interne au bâtiment lorsque le foncier manque.

Deux erreurs se répètent sur les sites de déchets. La première consiste à raisonner sur la seule surface bâtie, en oubliant les stockages extérieurs de balles, de pneus, de bois broyé ou de combustible solide de récupération, qui brûlent très bien et dont les eaux d'extinction ruissellent vers les avaloirs de la voirie interne. La seconde consiste à construire un ouvrage parfait sur le plan et à ne jamais tester la manœuvre. Un bassin de rétention dont la vanne se ferme à la main, la nuit, sous la fumée, à un endroit que le chef d'équipe ne connaît pas, n'existe pas vraiment. L'obturation automatique asservie à la détection change tout, et c'est un point que les assureurs vérifient.

Ce lien avec l'assurance est devenu déterminant. Un site dont la rétention est sous-dimensionnée n'est pas seulement en écart avec son arrêté préfectoral, il devient difficile à couvrir. Notre article sur les difficultés d'assurance des sites de recyclage détaille ce que les courtiers regardent en premier, et le guide de la réglementation incendie applicable depuis le 1er janvier 2026 rappelle le socle de détection et de report d'alarme qui vient s'articuler avec ces calculs.

Qui produit ces notes, et qui les conteste

Le calcul est presque toujours porté par le bureau d'études qui monte le dossier d'autorisation ou d'enregistrement, parfois avec l'appui d'un spécialiste incendie. Il est ensuite lu par deux acteurs aux logiques différentes. Le service départemental d'incendie et de secours regarde l'opérationnel, l'accès des engins, la distance aux points d'eau, le débit réellement mobilisable et la faisabilité d'une intervention de plusieurs heures. L'inspection des installations classées regarde la cohérence de l'étude de dangers, la protection du milieu et la crédibilité des hypothèses retenues.

Les points de discussion sont assez constants. Le découpage des surfaces de référence, le classement de l'activité, la justification des coefficients réducteurs et l'articulation entre le calcul théorique et les moyens du secteur. Un exploitant qui améliore son recoupement coupe-feu, qui installe une détection précoce par caméras thermiques ou qui met en place une extinction automatique peut faire baisser sensiblement le volume à construire. C'est une négociation technique, pas un formulaire, et elle se prépare. Les obligations de détection par rubrique forment souvent le premier levier de cette discussion.

Une note de calcul est un signal d'achat

Pour un fournisseur, ces deux documents sont une mine d'informations. Un D9 qui conclut à un besoin supérieur à ce que le réseau délivre annonce une réserve d'eau à créer, donc du génie civil, une bâche, des poteaux, une pomperie. Un D9A conséquent annonce un bassin, une étanchéité, un séparateur, une vanne asservie et sa maintenance. Le socle de détection annonce des équipements et un contrat de télésurveillance. Tout cela se décide pendant l'instruction du dossier, entre l'étude d'impact et l'arrêté préfectoral, à un moment où presque personne n'a encore consulté.

Le problème, pour un installateur ou un bureau d'études, est d'identifier ces dossiers alors qu'ils sont encore ouverts. Les traces existent, avis d'enquête publique, avis de l'autorité environnementale, arrêtés de prescriptions complémentaires, porters à connaissance, projets d'extension déposés. Un outil comme ICPE Scan surveille ces traces publiques chaque jour et les rattache à l'exploitant et à son site, ce qui permet d'appeler quand le dimensionnement se discute plutôt que quand les travaux sont terminés. Nos pages dédiées aux centres de tri et aux méthaniseurs montrent où ces projets apparaissent, et le guide de la prospection par signaux explique comment les exploiter sans perdre de temps.

En chiffres
ICPE Scan suit plus de 9 700 installations classées du secteur des déchets en France, des déchèteries professionnelles aux centres de tri, plateformes de recyclage, sites de véhicules hors d'usage, unités de préparation de combustibles solides de récupération, méthaniseurs et centres de stockage. Chacune de ces installations a, dans son dossier, une note de dimensionnement de l'eau incendie et de la rétention des eaux d'extinction, révisée à chaque évolution notable de l'exploitation.

Questions fréquentes

Le D9 a-t-il une valeur réglementaire ?

Non, c'est un document technique de référence élaboré avec les assureurs, le CNPP et les sapeurs-pompiers. Ce qui est réglementaire, c'est l'obligation de disposer de moyens de lutte adaptés et de confiner les eaux d'extinction. Le D9 est la méthode communément admise pour le démontrer.

Quelle durée retenir pour le calcul du besoin en eau ?

Deux heures dans le cas général, avec des durées plus longues lorsque le scénario retenu le justifie, notamment sur des stockages massifs difficiles à éteindre. Les retours d'intervention sur les feux de déchets, qui durent souvent bien plus longtemps, alimentent cette discussion avec les services de secours.

Faut-il inclure les stockages extérieurs dans le calcul ?

Oui, dès lors qu'ils présentent une charge combustible significative et que leurs eaux de ruissellement rejoignent le réseau du site. Les balles stockées à l'air libre, le bois broyé et les plateformes de combustible solide de récupération sont concernés.

Peut-on réduire le volume de rétention à construire ?

En agissant sur les causes plutôt que sur les conséquences. Un meilleur recoupement, une détection précoce, une extinction automatique ou une réorganisation des stockages font baisser le scénario retenu, donc le volume. C'est presque toujours moins coûteux qu'un bassin surdimensionné.

Comment savoir quels sites travaillent leur dossier en ce moment ?

En suivant les avis d'enquête publique, les avis de l'autorité environnementale, les arrêtés complémentaires et les projets d'extension, puis en les croisant avec le registre des installations classées. C'est le travail qu'ICPE Scan automatise.

Arriver quand le dimensionnement se discute encore

ICPE Scan réunit les 9 700 installations et plus du secteur des déchets avec leurs rubriques, leurs exploitants et leurs dirigeants, et détecte chaque semaine les créations, extensions et mises aux normes en cours, au moment où l'eau incendie, la rétention et les moyens de détection se décident. Votre premier lead est offert à l'inscription.

Créer mon compte gratuit

Sources et liens utiles : document technique D9 (CNPP) · CNPP · nomenclature des installations classées (AIDA / INERIS) · base ARIA du BARPI · registre des installations classées (Géorisques) · incendie du centre de tri de Ludres, juin 2026.